Média·Politique·Vie en société

Peut-on critiquer « la petite sirène » noire de Disney sans être taxé de raciste ?

Depuis quelques années, Disney s’est mis en tête de ressortir ses vieux classiques en prises de vues réelles comme « Le livre de la jungle » en 2016, « La belle et la bête » en 2017 ou plus récemment encore « Aladdin » cette année qui a connu un véritable succès en récoltant plus de 600 millions de $ à travers le monde.

On comprend aisément que les studios Disney décident d’exploiter le filon à fond, ainsi la sortie d’autres remakes est d’ors et déjà programmée comme « Le roi lion », « Mulan » ou celui par qui la polémique est arrivée : « La petite sirène » !

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À quand le remake de « La bande à Picsou » ?

Le problème étant que le réalisateur du film à venir, Rob Marshall a choisi de confier le rôle de la petite sirène à la jeune actrice et chanteuse Halle Bailey qui est afro-américaine or… la petite sirène du film d’animation de 1989 est une rousse à la peau pâle du coup la ressemblance entre l’actrice et le personnage original ne saute pas aux yeux.

Du coup les critiques ont fusé sur la toile, reprochant le choix du réalisateur de dénaturer l’œuvre originale mais bien vite c’est un procès en racisme qui s’est joué dans la presse car forcément, en 2019, demander le remplacement d’une actrice noire par une actrice blanche… c’est assez mal vu.

 

Un choix surprenant mais compréhensible.

On peut être surpris en apprenant la nouvelle, mais il faut savoir qu’avec Disney il y a quand même un passif…

Déjà en 1997, le rôle de Cendrillon fut confié à une actrice noire Brandy Norwood dans le téléfilm réalisé par Robert Iscove sans que cela soulève les foules, mais bon ça n’était qu’un téléfilm et puis à l’époque internet n’était pas ce qu’il est aujourd’hui.

Par contre on peut citer la polémique lorsque le réalisateur de « La belle et la bête » choisit de mettre en scène ouvertement un personnage homosexuel dans le film de 2017.

Dans ce cas, et comme pour celui de la petite sirène noire, on a une volonté de mettre au gout du jour les grands classiques avec une touche de « modernisme » qu’il est difficile de critiquer sans passer pour un bon gros réac’ !

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Une « revisite » des princesses Disney en mode guerrière… même si là on peut encore critiquer le coté « à peine » sexiste :/

 

Ce qu’il faut savoir pour comprendre ces « retouches » c’est que les studios Disney payent depuis longtemps le prix de leur succès en subissant régulièrement des attaques plus ou moins justifiées !

On les accuse régulièrement de véhiculer des stéréotypes sexistes et/ou racistes dans la plupart des œuvres originales sans tenir compte du fait que l’entreprise existe depuis plus de 50 ans et que le premier film d’animation (Blanche-Neige) remonte à 1937.

Autres temps, autres mœurs, mais cela n’est pas toujours pris en compte par ceux qui condamnent aujourd’hui sans avoir le recul nécessaire à la critique… Une critique ancrée chez certain si bien que tous les films de Disney, même les plus récents, ont le droit à leur lot de dénonciation et de remise en question.

Par exemple, certains reprochent aux studios Disney de véhiculer des stéréotypes malsains sur les noirs à travers les corbeaux dans le « Dumbo » de 1941 ou le roi Louie dans « Le livre de la jungle » de 1967 ; mais on en trouve aussi qui soupçonnent un message raciste dans « Le roi lion » – 1994 sous prétexte qu’il n’y a pas de personnage humain soit-disant car Disney ne voulait pas faire apparaitre de personnage noir…

La place de la femme également a été souvent critiquée pour être celle de la pauvre demoiselle en détresse, fragile et sans défense, ce qui explique pourquoi Disney a commencé à mettre en scène des femmes fortes comme Mulan ou Mérida (Rebelle – 2012)

Au fond, plus l’entreprise Disney perdure et plus elle s’expose au risque d’être critiqué, si bien qu’elle a fini par développer un esprit de repentance, une volonté de se corriger perpétuellement (comme lorsqu’elle supprime une scène jugée sexiste dans toy story 2, 20 ans plus tard)

Cela explique sans doute pourquoi aujourd’hui, la firme aux grandes oreilles se sent obligée lors de ces remakes en prises de vue réelles, de trouver le petit truc transgressif qui lui permet de faire le buzz autour du fait qu’elle n’est surtout pas la méchante société de production conservatrice, puritaine et un peu ringarde pour laquelle on veut la faire passer.

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Dans le remake de Bambi, le chasseur devrait être végan ! 🙂

Disney est dans le coup, Disney est branché et parfaitement adapté pour les Djeuns.

Mais du coup la petite sirène noire ne pose problème que pour les racistes ?

Les médias et les internautes qui accusent plus ou moins explicitement les mécontents de racisme, vont un peu vite en besogne.

Bien sûr il y en a probablement dans le lot, et des qui s’ignorent, mais il ne faut pas non plus oublier qu’à chaque chef-d’œuvre culturel revisité il y a son lot de « puristes » qui ne supporte pas l’idée qu’on puisse dénaturer l’œuvre originale qu’ils ont aimée.

La saga « Resident Evil » réalisé par Paul W.S Anderson aura, par exemple, déçu beaucoup de « puristes » ayant joué aux jeux vidéo ; pas tant parce que le premier rôle est tenu par Milla Jovovich qui est une femme… mais surtout parce que celle-ci est dotée de super-pouvoir complètement pêtés qui estompent totalement le climat anxiogène de la série originale (bon et puis aussi car le scénario est truffé d’incohérence mais c’est un détail).

À titre d’exemple on trouve aussi la saga Star Wars régulièrement critiquée par des puristes n’acceptant pas la première et/ou la dernière trilogie car là encore, cela modifie l’histoire mise en place à l’origine par les premiers films (épisode IV, V et VI) hissés au rang de films cultes.

Pour en revenir à l’univers de Disney en général, là aussi on trouve des fans, des « puristes » qui n’apprécient pas que l’on retouche une œuvre originale sous couvert de modernisme.

Une polémique du même genre a éclaté à la sortie de Ralph 2.0 ou là en l’occurrence, il a été reproché aux studios d’avoir « éclairci » la peau de la princesse Tiana… sauf qu’à ce moment-là ça n’était pas sur les internautes critiques qu’on portait le soupçon du racisme mais sur l’équipe de production du film.

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Le jour où les 101 dalmatiens perdront leurs taches, là on pourra parler d’un scandale raciste !

Si le racisme reste un fléau dans notre société qui doit être farouchement combattu, doit-il pour autant être invoqué à la moindre occasion que le choix d’un casting puisse surprendre et déplaire ?

Quand on pense au nombre d’acteurs successifs qui ont été décriés pour le rôle du Batman sur grand écran de Michael Keaton à Robert Pattinson en passant par George Clooney ou Ben Affleck… à chaque fois la communauté des râleurs se soulève sans que pèse le soupçon du racisme latent ; on peut supposer que le choix d’un Samuel L. Jackson ou d’un Morgan Freeman pour jouer le « Dark Knight » aurait provoqué le même tollé, est-ce pour autant du racisme ?

Au fond il y a des publics différents qui n’ont pas les mêmes attentes suivant le film qu’ils s’apprêtent à regarder, d’autant plus quand il s’agit d’un remake :

  • Les premiers sont enclins à la nouveauté, ils sont curieux de voir ce que le remake peut donner aussi bien dans le respect de l’œuvre d’origine, que dans les choix du réalisateur d’apporter une touche de nouveauté.
  • Les autres viennent d’entrée de jeu avec un a priori critique à partir du moment où l’on touche une œuvre qu’ils ont d’ors et déjà sacralisée dans leur esprit. Au fond en venant voir un remake ils espèrent davantage retrouver une émotion passée, sans doute avec un brin de nostalgie, plutôt que de gouter à une émotion nouvelle.

Il faut pourtant un mélange des deux pour qu’un remake soit réussi, si c’est pour refaire un film à l’identique alors ça n’a guère d’intérêt, alors que si on s’éloigne trop de l’œuvre de base on est plus dans un « remake » (encore que le résultat peut être bon)

Au fond on s’en fout de la couleur de peau d’Ariel qui n’a pas vraiment d’importance vis-à-vis de l’histoire…

Mais il ne faut pas s’étonner avec un tel changement qu’il y ait un public qui s’émeut à l’idée qu’on retouche de manière significative un classique de Disney… ceux qui ne parviennent pas à passer outre le changement ont plus court de revisionner le dessin animé de 1989 au final pour éviter d’être déçus.

Les autres, même s’ils vont voir le film avec un à priori négatif, finiront au final par réviser leur jugement si le résultat final est bon.

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Comme quoi même en respectant les codes couleurs d’une adaptation, on peut pondre un navet !

 

 

 

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