Politique·Vie en société

Les piscines municipales au cœur d’une bataille idéologique.

Face à cette canicule qui nous étouffe depuis des jours, le meilleur moyen de tenir bon est encore d’aller se baigner… sauf qu’on n’a pas forcément une piscine chez soi, ni la possibilité d’aller en bord de mer.

Reste la piscine municipale, ouverte à toutes et à tous, pour peu qu’on en accepte le règlement… eh oui ce fameux règlement contraignant les hommes à abandonner les shorts de bain pour ces bons vieux slips moulants et ringards qui nous compressent les parties

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Tout le monde ne le porte pas avec autant de classe ^^

Évidemment la première fois que j’ai été refoulé d’une piscine publique à cause de cette règle que j’ignorais, j’ai été agacé… frustré… et puis j’ai fini par m’y résigner car de toute évidence, faire des brasses dans sa baignoire reste un exercice autrement plus périlleux (même à poil).

Mais tout le monde n’est pas de cet avis, il y a ceux qui soupirent avant de se soumettre au dress-code de la piscine municipale, et il y a les autres…

Certaines veulent se couvrir intégralement…

Elles avaient déjà bataillé pour avoir le droit de porter leur burkini sur les plages, voila que des militantes musulmanes ont décidé d’investir nos piscines municipales.

En effet, dimanche 23 juin dans l’après-midi, une dizaine de femmes ont mené une opération coup de poing en pénétrant dans une piscine de Grenoble vêtues de burkinis.

Celles-ci commencèrent par expliquer leur « acte de désobéissance civile » en protestant contre le règlement des piscines qu’elles jugent discriminatoire ; elles n’enfreindraient aucune règle d’hygiène ou de sécurité mais ne pourraient se baigner comme elles le souhaitent.

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Derrière cette action on retrouve le collectif Alliance citoyenne qui publie sur sa page facebook une série d’arguments en faveur du burkini qui n’irait pas à l’encontre des normes en matière d’hygiène et de sécurité et qui ne poserait pas de problème avec la laïcité.

Elles vont même jusqu’à se comparer à Rosa Parks, figure emblématique de la lutte contre la ségrégation raciale qui refusa de céder sa place dans le bus à un blanc.

… quand d’autres veulent se dévêtir davantage.

Autre piscine, autre combat, celui qui se joue à Annecy où des femmes réclament, elles, le droit de nager seins nues.

Selon elles il existe une véritable discrimination sexiste à la piscine publique dans la mesure où les femmes sont contraintes de se couvrir la poitrine, alors que les hommes peuvent exhiber fièrement leurs pectoraux musclés…hem… enfin quand ils en ont.

D’ailleurs un groupe facebook baptisé « free the nipple à Annecy » a vu le jour et une opération du même type que celle de Grenoble a été mené le 29 juin…enfin quand je dis du même type… le burkini en moins bien sur.

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Même combat ?

Difficile de ne pas faire le rapprochement entre ces deux combats ayant lieu quasiment en même temps, dans des piscines municipales, et avec la même volonté de modifier les règles concernant la tenue vestimentaire requise pour se baigner.

Pourtant les similitudes s’arrêtent bien là car lorsque l’on rentre dans le cœur du problème, on se rend bien vite compte que celui-ci ne peut être résolu de la même manière.

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Y aurait bien le burki-seins-nues … mais pas dit que ça contente tout le monde.

En effet, il serait trop simple de réclamer le « droit à chacun de  faire ce qu’il veut » ! Sauf que nous ne sommes pas dans une société anarchique, il y a des règles qui s’imposent à tous et à toutes, notamment dans les piscines publiques qui disposent d’un règlement intérieur pour garantir la sécurité de tous.

Dans ces deux affaires, nous voyons des actes de désobéissance civile visant à modifier ledit règlement des piscines municipales… sauf que le fondement de ces actes n’est pas vraiment égal.

Discrimination réelle ou caprice identitaire ?

Dans le premier cas, à Grenoble, des femmes invoquent une discrimination du fait qu’elles ne puissent se baigner… le port des tenues intégrales (et donc le burkini) étant interdit.

« Une tenue décente est exigée et une attitude correcte est de rigueur[…] Sont donc strictement interdits : caleçon, short cycliste, maillot de bain jupe ou robe, boxer long, pantalons de toutes longueurs, jupe, robe, paréo, string, tee-shirt, tee-shirt de bain (matière lycra), sous-vêtements, combinaisons intégrales. » – extrait du règlement des piscines publiques de la ville de Grenoble

Techniquement c’est faux… toutes les femmes sont acceptées à la piscine municipale quelle que soit leur confession ou leur couleur de peau.

Contrairement à Rosa Parks qui ne pouvait se soustraire à sa condition de femme noire et qui était victime d’une véritable discrimination, les militantes de Grenoble s’imposent elles-mêmes des restrictions vestimentaires incompatibles avec la règlementation de la piscine grenobloise…

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« J’enlèverai bien mon short pour aller me baigner… mais là tout de suite… il me colle au c*#$/&§… c’est comme une seconde peau :/ « 

Elles ont le droit de s’habiller comme elles le souhaitent – laïcité oblige – au même titre qu’un homme peut choisir de garder sa casquette sous la douche… cependant à la piscine publique le règlement intérieur s’impose à chacun et ne peut exempter certaines communautés pour des motifs religieux (sinon la mairie enfreindrait justement les lois relatives à la laïcité).

Au fond Alliance Citoyenne tend un piège à la république en évoquant vaguement une discrimination envers les femmes qui ne pourraient pas se baigner comme elles veulent (sauf que personne ne peut se baigner totalement comme il veut), tout en sachant pertinemment que cela va créer une polémique autour de l’islam et de la laïcité (le collectif ayant préparé ses arguments par ailleurs pour contrer les anti-burkini).

Mais au fond la question n’est pas tant de savoir si l’on est pour ou contre le burkini, ni pour ou contre l’Islam, mais à la limite : peut-on se baigner en tenue intégrale ?

Le collectif explique sur sa page facebook que

« Contrairement aux shorts de bain, le burkini n’est pas porté comme une tenue de ville et pour effectuer des activités extérieures. »

Eh oui sauf que là nous sommes sur une affirmation péremptoire ne reposant que sur la bonne foi de celui qui le dit… à ce compte-là je pourrai vous dire qu’il en va de même pour mon short ou mon t-shirt de bain. Et puis la tenue intégrale ne pose-t-elle pas problème avec l’article 8 du règlement grenoblois stipulant que :

« L’accès aux zones réservées aux baigneurs est interdit aux porteurs de lésions cutanées, plaies ou de blessures (mêmes porteuses de pansement) et aux personnes atteintes de maladies contagieuses. »

Difficile de voir un pansement sous une combinaison intégrale, qu’elle soit un burkini ou une combinaison d’homme grenouille.

En somme il n’y a pas de discrimination… tout au mieux une tentative d’activistes cherchant à mettre à l’épreuve les fondements laïques de notre société…

Mais il faut savoir garder la tête froide et traiter l’affaire pour ce qu’elle est en faisant fi des considérations religieuses… Ainsi ces femmes plongeant en maillot couvrant intégral doivent être traitées de la même manière qu’un homme qui irait dans l’eau avec une combi en lycra

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« Putain moi qui voulait piquer une tête… »

Si les femmes de l’alliance citoyenne de Grenoble font, en somme, une revendication identitaire car elles veulent un régime d’exception à la piscine ; les femmes d’Annecy en revanche, pointent une véritable discrimination : celle de devoir se couvrir davantage que les hommes pour avoir le droit de se baigner.

Au fond c’est une question d’époque et de mœurs… suivant les endroits et les époques, l’acceptation de la poitrine féminine est plus moins admissible ce qui est en soi une véritable injustice entre les sexes.

En France, l’article 222-32 du code pénal mentionne que

L’exhibition sexuelle imposée à la vue d’autrui dans un lieu accessible aux regards du public est punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende.

Ainsi il est interdit d’exhiber ces parties intimes en public ce qui est une bonne chose, sauf que l’article ne mentionne pas les parties du corps en question et que pour beaucoup, l’exposition des seins (notamment des mamelons) est perçue comme une forme d’exhibition sexuelle.

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Pour d’autres comme l’ancien député Georges Tron, c’est l’exhibition des pieds qui pose soucis… du coup faudrait tous se baigner avec nos godasses.

Sur Internet par exemple, Facebook n’hésite pas à censurer des photos de poitrines féminines au motif que ça enfreindrait le code de décence du site.

À Paris Plages c’était pareil, le maillot de bain était autorisé mais le port du monokini laissant voir les seins était strictement défendu et assimilé à une exhibition sexuelle.

Certains diront que le problème vient du fait que les tétons de la femme pointent lors de l’excitation sexuelle, c’est la raison pour laquelle ils ont nécessairement une connotation érotique et doivent être cachés… moui… sauf que les tétons masculins pointent pour les mêmes raisons du coup il n’y a rien qui justifie une différence de traitement.

Certains maires pensent avoir trouvé la solution en interdisant par décret le fait de se promener torse nu pour tout le monde ; c’est vrai que ça résout le problème de discrimination… mais pour en revenir à la piscine municipale d’Annecy, on imagine mal un règlement qui forcerait les hommes à se cacher les tétons, du coup la discrimination subsiste !

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C’est à se demander ce qui est le pire.

Au fond, sur les plages de France il n’est pas rare de voir des femmes qui choisissent de bronzer en « topless », évidemment pour celui qui voit une poitrine féminine pour la première fois de sa vie cela peut choquer… interpeller… et puis au bout d’un moment on s’y fait et on s’y habitue ! Par ailleurs c’est sans doute cette habitude de cacher les seins qui les a rendus aussi « attractifs » alors qu’un torse nu masculin passera totalement inaperçu en bord de mer.

Du coup ne serait-il pas temps de préciser un peu cet article 222-32 du Code pénal en permettant finalement aux femmes de tomber le haut partout où c’est autorisé pour les hommes ?

On aime à dire que nous sommes un pays progressiste, on aime aussi se comparer aux autres pays d’Europe, or en Italie le « topless féminin » a été légalisé officiellement  sur toutes les plages et piscines publiques du pays alors pourquoi ne pas en faire de même en France ?

Après tout on entend parler tous les jours de la lutte nécessaire pour l’égalité homme – femme à tous niveaux, alors pourquoi ne pas profiter de l’été pour plancher sur la question ?

 

 

 

 

 

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